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Culture Boxe

Chuck Wepner, l’homme qui inspira Rocky

Par    le 18 décembre 2011

Né le 26 février 1939 à New York, Chuck Wepner avait tout du poids lourd de seconde catégorie.

Représentant en spiritueux à la ville, il fait ses gammes dans d’obscures salles du New Jersey. Malgré une technique frustre, son nom à l’affiche est toujours synonyme de spectacle. Un dur au mal. A l’issue de sa carrière, il totalise 328 points de suture et le nez dix fois cassé.

Son surnom, « The Bayonne Bleeder » (le Saigneur de Bayonne), du nom de l’improbable banlieue où il promène son double mètre, résume bien le personnage. Journeyman parmi d’autres, tout bascule lorsque Don King lui propose d’affronter Mohamed Ali le 24 mars 1975 au Coliseum de Richfield, près de Cleveland.

Pour le promoteur, Chuck Wepner est le tocard idéal pour maintenir son champion, qui vient de battre George Foreman au Zaïre, en activité. Le challenger n’en a cure et s’empresse d’accepter le combat. Libéré par son employeur, il prépare avec application son rendez-vous avec l’histoire.

Dans le milieu, personne ne mise un kopeck sur lui. Le journaliste Larry Merchant du New York Post parle d’une opposition entre « un artiste de talent et un peintre en bâtiment« .

Ali contrôle le combat dès le premier coup de gong,  alors que Wepner démontre des capacités d’encaisseur hors-pair. Au 9ème, pourtant, l’incroyable se produit : d’un crochet à la rate, l’ami Chuck envoie le favori au tapis. Seuls Banks, Cooper et Frazier avaient jusque-là réussi pareil exploit.

Vexé, Ali accélère mais Wepner résiste. Benoît Heimermann, qui l’a rencontré pour l’équipe mag, rapporte ses propos :

Même boxeur à mi-temps, je ne voulais pas lâcher le morceau. Je n’ai jamais été un grand styliste, mais je suis un combattant. Tout gosse déjà, je refusais de décrocher.

Malgré sa détermination, il cède à 15 secondes de la fin du 15ème round, arrêté par l’arbitre, et regagne les vestiaires sous les vivats d’une foule admirative. A quelques centaines de kilomètres de là, une idée est née. Benoît Heimermann toujours :

A Philadelphie, un jeune acteur sans grand succès a payé sa place 20 dollars. Il est originaire de New York, comme Wepner. A connu quatorze écoles en onze ans, travaillé comme pizzaiolo et coursier, participé à quelques spectacles déshabillés et tourné dans deux films érotiques. Son nom ? Sylvester Stallone. Qui, a posteriori, témoigne : « J’ai vu en Wepner un gladiateur du XXème siècle. Une métamorphose de la vie. » L’admirateur transi adresse un premier coup de téléphone quelques jours seulement après l’évènement. D’autres discussions suivront. Plus précises, plus systématiques. « J’ai parlé, parlé… De ma passion pour Rocky Marciano, qui a donné son prénom au film et dont on retrouve le poster dans la chambre miteuse de Rocky Balboa. De ma femme et de nos confidences. De mon coach et de nos connivences. Lorsque j’ai vu le film, je me suis vraiment retrouvé en terrain de connaissance. Le fameux « Même si je ne gagne pas, j’aurai démontré que je suis là ! » est évidemment de moi. »

28 jours suffisent à boucler le tournage en décembre 1975. Suivent 10 nominations aux Oscars et 3 statuettes. A l’instar de Chuck, mère ouvrière, père ancien boxeur et un passage chez les Marines, Rocky chuchote à l’oreille de tous les « blue-collars » de l’Amérique.

Tout n’est pourtant pas si simple, car si la saga Rocky remplit les poches de son créateur, celles de Chuck restent désespérément vides. L’ancien boxeur tente une action en justice pour toucher sa part du gâteau. En vain. Dégoûté, il franchit la ligne blanche. En 1985, il est arrêté avec 120 kg de cocaïne. Verdict : 10 ans de prison. La peine est réduite à trois ans grâce à un appel clément et la bonne conduite du condamné. Derrière les barreaux, Chuck se réconcilie avec Sylvester Stallone.

Grâce à la boxe, je me suis maintenu en forme. J’ai bénéficié de pas mal de soutien. Même Stallone est venu me voir… »

Quelques années plus tard, ce dernier invite son inspirateur sur le tournage d’un des épisodes :

Il m’a même proposé de jouer dans un des épisodes. J’avais 32 lignes de script à mémoriser. Mais je ne suis pas un acteur, je suis un boxeur.

Un vrai.

NZ

Chuck Wepner, l’homme qui inspira Rocky