Il peut bien courir, mais il ne peut pas se cacher — Joe Louis

Culture Boxe

Un combat, une défaite

Par    le 11 novembre 2017

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Des combats, des défaites, même des victoires, il y en a eu d’autres. Mais celle-ci, c’était la plus belle de toutes. Une sorte de rite de passage devant un public de connaisseurs. Celui de la Arena Mexico, pour le premier tour des Guantes de Oro, le grand tournoi de la ville de Mexico. Quelques mois plus tôt, mon entraîneur avait eu l’idée de m’y inscrire. Pour voir.

Là-bas, la Mort est une compagne bienveillante. Quand la marée monte, les gamins d’Acapulco plongent au milieu des rochers. Ils la bravent tous les jours à la même heure, pour se payer de bonnes tranches de rire et récupérer quelques pièces au passage. Les rues de Mexico sont colorées, bordéliques et il y a toujours un parfum de violence dans l’air. Une violence qui ne se cache pas. Une violence brute de décoffrage, pas hypocrite pour deux sous. Au feu rouge, quelques paroles de trop et les battes de base-ball sortent du coffre. Dans les transports en commun, les petits vieux n’hésitent pas à faire le coup de poing pour un regard de travers ou simplement pour punir un comportement discourtois. Question d’honneur.

Pas étonnant donc que quiconque paye son dû sur les rings d’entraînement soit invité à faire un tour sur le carré de lumière. Histoire de ne pas mourir idiot.

« Là-haut, c’est une autre histoire », me répétait mon coach. Un autre monde, oui. Ceux qui s’y sentent bien, touchent du doigt « le secret de la force » cher à Cocteau. Les autres cherchent à survivre en limitant la casse. Ceux qui n’y sont jamais monté n’y connaissent rien.

Il fallait donc y aller. Malgré l’incompréhension du médecin, surpris d’examiner un Français en goguette parmi un bataillon de locaux bien décidés à se faire une place au soleil. Malgré l’absurdité de la bourse proposée par l’organisateur : vingt pesos c’est-à-dire un euro symbolique. Malgré le trac qui prend aux tripes dans le vestiaire. Malgré la solitude quand toutes les lumières s’éteignent et qu’il ne subsiste que celle du ring, aveuglante. Malgré ce type en face, prêt à vous casser la gueule.

Et cette question au moment de toucher les gants de mon adversaire : « pourquoi moi, ici, maintenant ? »

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Après trois rounds interminables, la réponse a éclaté comme une évidence.

Parce qu’il le fallait.

Sans ça, il aurait manqué quelque chose. Un truc indéfinissable qui s’est dessiné entre quatre cordes, à l’autre bout du monde.

Il y a eu d’autres défaites. Des bleus à l’âme et au corps. La vie, quoi. Mais le souvenir de ces trois rounds durailles est toujours là. Un fidèle compagnon. Trois rounds à se taper dessus pendant que la foule hurlait. Trois rounds essentiels.

Surtout qu’après le combat, on s’est rempli la panse de plats mexicains. Des litres de bière ont coulé.

Il fallait fêter ça.

NZ

PS : Un morceau de ce texte a servi de 4e de couv pour le livre Beauté du geste.

beaute-du-geste

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