La boxe est un sport janséniste — Roland Barthes

Culture Boxe

Un CROCHET par le RAP #1 : USKY

Par    le 28 novembre 2018

Usky

Avec son dernier projet, Porte Dorée, USKY a fait le buzz en mettant à l’honneur la féminité illustrée par ces fameuses paires de talons. Mais avant d’affoler le rap-game, le MC préférait honorer sa paire de gants et privilégiait le punch à la punchline. USKY inaugure donc cette nouvelle série, en forme d’interviews, où le rap et le hip-hop dialoguent, comme deux nobles arts qui ont tant de choses à se dire.  Un partenariat original entre cultureboxe.com et GIMMIC, le talk-show hip-hop.

 Tes premiers pas dans une salle de boxe ?

J’avais 13 ans, c’était à Tunis. Mon cousin venait d’être sacré champion de boxe anglaise de Tunisie. Il m’a proposé de venir avec lui à l’entrainement. C’est un sport que j’avais toujours voulu tester, je matais plein de vidéos de boxeurs et ma mère était fan. Du coup, j’ai suivi mon cousin et j’ai découvert un monde incroyable.

Parlons chiffres : combien de victoires, de défaites, de KO ?

Je n’ai pas un grand palmarès…  Je n’ai été compétiteur qu’un an, en junior et en moins de 75 kilos. 8 combats en tout. 3 défaites, 3 victoires et 2 nuls. En fait, mon entraineur m’a emmené boxer en Suisse parce qu’il savait qu’il y avait moins de concurrence là-bas. Je suis devenu vice-champion des poids moyen junior. Malheureusement j’ai dû arrêter la compétition pendant un bon moment à cause d’un grave accident. Ensuite, j’ai reboxé mais c’était en loisir, j’ai donné pas mal de cours mais jamais plus de compétition.

Ton coup le plus efficace ?

Je dirais l’uppercut droit parce que j’étais bien stable sur mes appuis et que tout part des jambes en boxe. Je savais qu’il rentrait pas mal.

Ton meilleur souvenir sur le ring ?

Un combat c’est comme une guerre. Quand ça se finit par une victoire, le meilleur souvenir reste la victoire mais quand ça se finit par un nul ou une défaite… il n’y a pas de « meilleur souvenir » ! Personnellement, je n’ai jamais pris un plaisir fou sur le ring. C’est plus un défi que je me lançais. Un combat c’est toujours dur.

Punchline #1 : « Un combat c’est comme une guerre… Quand ça se finit par une défaite, il n’y a pas de meilleur souvenir. »

Et le pire ?

Mon tout premier combat, un gala a Genève. J’avais fait un super 1er round, j’étais super bien, j’avais failli gagner par KO au bout de 30 sec. Petit à petit, je me suis complètement essoufflé et sur la 3e reprise je me suis fait compter 2 fois d’affilé. J’ai vu le combat m’échapper. C’est mon pire souvenir, j’avais vraiment failli tomber KO. Et il y avait grave des gens qui étaient venus m’encourager, j’entendais leurs voix en triple !

Ton premier combat ?

C’était donc à Genève, en amateur, je devais avoir 16 ou 17 ans. C’était très impressionnant. La salle s’appelait « le Paladium », c’est une très grosse salle et il y avait 3 combats pro à la fin de la soirée. J’étais en poids moyen à l’époque – maintenant je suis un peu plus lourd… malheureusement ! Je ne me souviens pas du nom du mec, mais je l’ai affronté deux fois. J’ai perdu la première et j’ai gagné la seconde.

Qu’est-ce que t’as ressenti ?

J’avais un peu peur, je vais pas te mentir. A l’époque, je ne rappais pas encore, j’avais pas fait de concert, de représentation devant plein de gens. La sensation que j’en retiens est étrange : j’avais l’impression de ne plus être « moi » sur le ring. Je ne sais pas si c’est le stress ou quoi mais j’avais cette sensation de ne pas être dans mes gants, de ne pas bien maîtriser les choses.

Cette sensation, tu l’as retrouvée en montant sur scène ?

Je suis toujours un peu stressé avant la scène mais la boxe m’a beaucoup appris. La boxe ça te marque, je ne vois pas de chose plus stressante que ça, quelque chose qui pourrait plus te faire plus peur que d’aller affronter quelqu’un, de partir en guerre devant tout le monde ! Tout ce phénomène-là, je pense que c’est vraiment à vivre et je suis content de l’avoir vécu très jeune parce que ça m’a forgé pour plein de choses.

Punchline #2 : « Je ne vois pas de choses plus stressantes que de partir en guerre devant tout le monde ! »

Pourquoi t’as arrêté la boxe ?

J’ai eu un accident… C’était lors d’une rixe juste en-dehors de la salle et il y a eu des conséquences : j’ai été privé de boxe pendant un moment. Physiquement, j’ai eu beaucoup de mal à m’en remettre et pas mal d’interventions chirurgicales : fracture avec déviation au niveau du nez, traumatisme crânien… Derrière, me reprendre des coups en combats, c’était pas un truc qui me chauffait. J’ai eu l’occasion de reprendre mais je n’ai jamais retrouvé les mêmes sensations.

Et t’as décidé de faire du son…

Oui, et de reprendre mes études. La boxe, j’avais plus envie. Plus envie de me donner à 300% pour ce sport, parce que pour moi c’est comme une religion : quand tu rentres dedans, il faut tout contrôler, sa bouffe, son hygiène de vie, tu ne peux pas sortir… Il faut être très fort mentalement et, finalement, peut être que je ne l’étais pas assez. Pour moi, il n’y a pas plus fort niveau mental qu’un boxeur pro. Bref, j’ai senti que ce n’était pas un truc pour moi, à ce niveau-là, que je devais passer à autre chose. Il faut connaître ses limites, c’est la vie. J’ai le mental pour faire beaucoup de choses dans ma vie, mais pas pour être pro dans la boxe.

Punchline #3 : « La boxe, c’est comme une religion »

Ton film de boxe préféré ?

Définitivement, De l’Ombre à la Lumière avec Russel Crow. J’adore ce film.

Est-ce que tu suis encore l’actu de la boxe ? Quel est pour toi le meilleur boxeur du moment ?

Je suis beaucoup moins l’actu. Avant je regardais tous les HBO boxing, les préparations de combats, les entrainements… mais bon j’ai plus le temps ! Le meilleur boxeur du moment, sans hésitation, c’est Anthony Joshua. J’adore son style, très puissant. J’aime le mec, le personnage, ce qu’il dégage. Je me suis maté son docu sur Netflix y’a pas longtemps : très lourd !

Quel conseil tu donnerais à un boxeur qui commence ?

Ça dépend où il veut aller… Moi je ne pense pas être assez bon pour donner des conseils a un mec qui veut finir champion ! Mais je dirais : la rigueur, la détermination, beaucoup d’entrainement, travailler énormément son cardio – moi c’est quelque chose que je ne faisais pas assez –  et parfois savoir sortir de la salle de boxe pour faire aussi d’autres activités qui t’apportent des trucs sur le ring, d’autres sports. Ne pas hésiter à être très polyvalent. Surtout : ne jamais louper un entrainement.

Punchline #4 : « Mon conseil : ne jamais louper un entraînement. »

T’etais plutôt un défenseur ou un mec au centre du ring ?

Je ne prenais pas du tout le centre du ring ! Y’a 2-3 fois où j’ai fait ça mais j’avais pas le cardio. J’étais plus un mec qui défendait, sans doute un peu trop.

Si t’etais le boxeur de tes rêves tu serais qui ?

Sans hésitation, Prince Nasseem ! Le prince Nasseem qui avait un style incroyable quand il boxait, même ses entrées était folles. C’est un mec qui m’a beaucoup marqué, j’adore son style. Peut-être qu’au fond de lui il était très stressé et qu’il ne le montrait pas mais qu’est-ce que j’aurais aimé avoir une détente et un style comme ça ! Une relaxation totale dans la manière d’aborder des choses qui paralyseraient tout le monde. Je me refais souvent ses meilleurs KO, je suis totalement fan.

C’est quoi le milieu le plus dur : le rap ou la boxe ?

Le milieu de la boxe est beaucoup plus dur que celui du rap. Y’a pas photo. Après, dans le rap, si t’es un « kickeur », il faut tout arracher, être dans la performance. C’est comme ça que j’ai commencé : on était 4-5 et fallait arriver sur le morceau, être le meilleur, avoir le meilleur couplet, les meilleurs rimes, le meilleur flow… c’est peut-être un peu comparable avec le ring. Mais, culturellement, rien à voir ! Le milieu de la boxe est 100 fois plus dur, surtout en France ! Si tu fais de la boxe anglaise en France, franchement… c’est super dur d’en vivre. Le rap est passé dans les mœurs, on est les premiers vendeurs de musique. C’est un truc qui fait partie de notre culture contrairement à la boxe anglaise. On n’a pas de « culture boxe ». C’est très peu médiatisé et il y a beaucoup de cliché. Y’a des comparaisons qu’on peut tenter entre le milieu du rap et celui du noble art mais faut pas abuser… faire de la boxe, y’a rien de plus dur !

Merci à USKY pour sa disponibilité et sa gentillesse. Allez checker le projet Porte Dorée sur toutes les plateformes d’écoute et découvrez l’univers de l’artiste sur sa chaine Youtube. Et pour écouter le passage d’USKY sur GIMMIC, le talk-show hip-hop, c’est par ici !

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