La boxe est un sport janséniste — Roland Barthes

Culture Boxe

Max_Schmeling

Né en 1905 dans la petite ville de Klein Luckow en Poméranie, Max Schmeling découvre la boxe avec le film du match Carpentier-Dempsey. Epaté par la performance du vainqueur, il enfile les gants et devient champion national des mi-lourds à dix-neuf ans. Contrairement à son modèle, il boxe de manière prudente, guettant les opportunités de contre. Surnommé le « Uhlan noir » en référence à une unité d’élite de l’armée allemande et en raison de sa tignasse noire, il passe rapidement professionnel et devient champion d’Europe des mi-lourds en 1927.

Passé dans la catégorie des poids lourds, il entreprend l’aventure américaine. Débarqué en 1928, il boxe sous la houlette du manager américain d’origine juive Joe Jacobs. Deux belles victoires l’année suivante contre Joe Risko et Paolo Uzcudun l’installent dans le paysage. Le 12 juin 1930, Schmeling défie Jack Sharkey au Yankee Stadium pour le titre vacant de champion des lourds.

Sharkey ne brille pas mais c’est un vétéran avec plus d’un tour dans son sac. Au 4ème, il touche Schmeling sous la ceinture. L’Allemand s’écroule. A l’époque, les coquilles protectrices ne sont pas encore généralisées. Joe Jacobs fait irruption sur le ring pour protester. L’arbitre disqualifie Sharkey et arrête le combat provoquant un véritable tumulte. Schmeling est le premier boxeur à remporter le championnat des lourds sur une faute de son adversaire. Il est également le premier allemand à porter la ceinture. Il n’en reste pas moins un champion à la manque, surnommé « The Low Blow Champion ».

Il lui faudra patienter deux avant de pouvoir remettre les choses au point. Le 21 juin 1932, il retrouve Sharkey. Pour un nouveau scandale. Cette fois, Schmeling a dominé le combat mais il est injustement déclaré battu.

L’arrivée des Nazis au pouvoir, en 1932, brouille l’image de Schmeling auprès du public américain. Ses matchs dépassent désormais les limites du ring. Son combat contre l’américain d’origine juive, Max Baer, le 8 juin 1933, est vendu comme l’opposition entre un Juif et une marionnette nazie. Porté par la ferveur des 60 000 spectateurs du Yankee Stadium, Baer l’emporte par arrêt de l’arbitre à la 10ème reprise. Baer a débordé Schmeling en misant sur une agression permanente et en boxant à la limite, sans rechigner parfois à porter des coups du lapin ou des coups derrière la tête.

De retour en Allemagne, Schmeling regagne un peu de sa superbe en remportant quelques victoires. Ses relations avec le pouvoir nazi sont courtoises. Cela dit, Schmeling ne franchit pas la ligne jaune. Il ne servira jamais dans les waffen SS, ne prendra pas sa carte au parti. Les autorités désapprouvent le choix de son manager, un Juif américain, et l’invitent à leur confier ses intérêts. De même, sa femme, Tchèque, suscite quelques réticences. Schmeling reste droit dans ses bottes. Sa carrière et sa vie sentimentale lui appartiennent, quoi qu’en dise le Führer.

Les autorités nazies manquent d’avaler leur chapeau quand elles apprennent que Schmeling va défier Joe Louis chez lui, au Yankee Stadium de New York le 19 juin 1936. Joe est invaincu et n’a que 22 ans, Max en a 31 et de l’avis général il n’est plus que l’ombre de lui-même. L’Allemand a un plan. Il a longuement étudié les films des combats de son adversaire et identifié une faille. Après son jab du gauche, Louis garde ce même bras bien bas. Schmeling a prévu de le bombarder de droites, son meilleur coup. Touché au quatrième round, Louis s’écroule. Il se relève mais, insuffisamment remis, subit les droites de Schmeling jusqu’au 12ème où l’arbitre le déclare KO technique après un nouveau passage au sol.

La revanche est signée deux ans plus tard, le 22 juin 1938, toujours au Yankee Stadium. Le contexte géopolitique s’est encore davantage tendu. Pour la première fois de l’histoire, tous les Américains, Blancs et Noirs, font front derrière un boxeur noir. Louis devient le symbole de la démocratie américaine. Schmeling fait son entrée sous une pluie de détritus. Louis est déterminé à laver l’affront. Dès le premier round, il touche Schmeling à la gorge et l’envoie trois fois au tapis. Le combat est arrêté au bout de deux minutes et quatre secondes. Schmeling est conduit à l’hôpital, une vertèbre brisée. En 1975, il déclarera :

Avec le recul, je suis presque heureux d’avoir perdu le combat. Imaginez que je sois revenu avec la victoire en Allemagne. Je n’avais rien à voir avec les nazis mais ils m’auraient quand même remis une médaille. Après la guerre, j’aurais été considéré comme un criminel de guerre.

La guerre, parlons-en. Schmeling, qui a perdu ses appuis après la défaite, est appelé à servir dans la Luffwaffe. Il est envoyé sur le front de Crète en 1941. Rapidement blessé au genou droit, il est démobilisé et rend visite aux camps de prisonniers américains pour tenter d’améliorer leurs conditions d’emprisonnement. Il intervient en faveur de Primo Carnera, le géant italien. Ce dernier avait été enrôlé dans le Service du Travail Obligatoire, où il souffrait énormément de la faim. Schmeling a joué de sa position pour adoucir un temps son sort.

Schmeling-coca-cola

En 1947, blanchi par les autorités britanniques mais ruiné, Schmeling renfile les gants pour un court come-back. Richard Vogt y met un terme en lui infligeant une défaite aux points le 31 octobre 1948 à Berlin. Schmeling doit se réinventer. Il rejoint les rangs de The Coca-Cola Company au début des années 50 et grimpe rapidement les échelons jusqu’à posséder sa propre usines de production de bouteilles et occuper de hautes responsabilités pour la firme. Entre-temps, il a retrouvé Joe Louis. Les deux hommes sont devenus amis et Schmeling financera d’ailleurs une bonne partie de la cérémonie funéraire du vieux Joe.

Schmeling est mort en 2005, à l’âge de 99 ans. Longtemps après la seconde guerre mondiale, on a appris qu’il avait risqué sa vie, en 1938, pour sauver deux enfants lors de la persécution des Juifs de Berlin.

NZ

Max Schmeling au tribunal de l’Histoire

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