La boxe est un sport janséniste — Roland Barthes

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Il faut croire qu’Hemingway titrait ses nouvelles avec un sacré esprit de contradiction. Le champion : un boxeur déglingué. L’invincible : un torero à la noix. Ou simplement la confirmation que pour lui, l’homme pouvait être détruit, mais pas vaincu.

Reste que la tragique destinée de Manuel Garcia ne sera pas étrangère aux amateurs de boxe. Ce pauvre torero est une sorte de journeyman en habit de lumière. Il cherche à se refaire. Quels que soient les risques encourus :

 « Je ne peux pas travailler. Je suis torero. »

Un entêtement qui n’est pas sans rappeler un vieux boxeur ne sachant rien faire d’autre et dont le seul capital tiendrait dans ses deux grosses paluches.

Tant pis si -funeste présage-, le contrat est signé sous l’oeil de la tête empaillée du taureau ayant tué son frère. Et si sa dernière représentation lui a presque valu de perdre une jambe. La bourse est bien évidemment misérable et le staff (la cuadrilla) mis à disposition plutôt médiocre.

Manuel Garcia « a de l’estomac ». Demain soir, il affrontera deux taureaux dont il ignore tout. Un short notice à trois cent pesetas.

D’ici là, il faut faire passer le tour d’horloge. Manuel boit. Et tente de densifier son coin en persuadant le vieux Zurito de reprendre du service à la pique. Celui-ci n’a aucune envie de s’y remettre. Un dialogue de sourd :

« Tu es trop vieux

Je ne suis pas trop vieux. Je marchais rudement bien quand je me suis fait moucher. J’aurais voulu que tu me voies, ajouta-t-il sur un ton de reproche.

Je ne tiens pas à te voir, dit Zurito. Ça m’énerve de trop.

Tu ne m’as pas vu dernièrement.

Je t’ai bien assez vu. »

L’ami finit par accepter un dernier tour de piste contre la promesse que Manuel raccroche en cas de pépin.

Les deux hommes attendent leur entrée en scène. Une phrase suffit à comprendre que, loin des lumières de l’arène, le vétéran n’existe pas :

« Manuel aperçut la piste sous la lumière crue des lampes à arc et la plaza noire, qui montait très haut tout autour. »

Le taureau lui donne du fil à retordre. Il encastre la vieille carne d’un des picador et résiste aux puissants coups de boutoir de Zurito. Manuel s’en tire à l’expérience. Mais l’heure de vérité approche. La mise à mort, avec les risques qu’elle comporte pour le matador.

Une fois, deux fois, Manuel va au tapis. Deux fois aussi, son épée est projetée dans le ciel après avoir échoué à porter le coup de grâce. Les lazzis descendent des travées. Puis c’est le coup de corne. Le refus de jeter l’éponge. Il faut bien y retourner. Pour une dernière tentative, enfin couronnée de succès.

Sur la table d’opération, Manuel Garcia n’a qu’un mot à la bouche. Ou plutôt une phrase :

« Je marchais bien. Je n’ai pas eu de chance. C’est tout ».

Encore un qui a disputé le combat de trop.

NZ

Papa, la boxe et moi #3 : L’invincible

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