La boxe est un sport janséniste — Roland Barthes

Culture Boxe

Dans la peau de Rocky Marciano

Par    le 29 décembre 2012

rocky marciano

De tous les boxeurs, il semble que ce soit Rocky Marciano (qui reste encore notre seul champion poids lourd jamais vaincu) qui se soit entraîné avec la dévotion la plus monastique : ses méthodes d’entraînement sont devenues légendaires. Contrairement à des boxeurs imprudents comme Harry Greb, le « Moulin à vent humain », qui se maintenait en forme en combattant constamment, Marciano était prêt à se retirer du monde, y compris à s’éloigner de sa femme et de sa famille, parfois aussi longtemps que trois mois avant un combat.

À part l’épreuve physique exténuante de cette période et le souci obsessionnel du régime, du poids et de la musculature, Marciano se concentrait sur une chose : le combat à venir. Chaque minute de sa vie était définie en fonction de la première seconde du combat. Dans son centre d’entraînement, le nom de l’adversaire n’était jamais mentionné en présence de Marciano, et la boxe n’était pas un sujet de discussion. Durant le dernier mois, Marciano n’écrivait même pas une lettre car une lettre l’aurait relié au monde extérieur. Durant les dix derniers jours précédant le combat, il ne regardait pas son courrier, ne prenait aucun appel téléphonique, ne rencontrait aucune personne nouvelle. Durant la semaine précédant le combat, il ne serrait plus la main de personne. Il ne faisait plus aucun trajet en voiture, même bref. Aucune nourriture nouvelle ! Aucune rêverie au matin qui suivrait le combat ! Car tout ce qui n’était pas le combat lui-même devait être exclu de sa conscience. Lorsque Marciano s’entraînait au sac de frappe, c’était son adversaire qu’il voyait devant lui ; lorsqu’il courait, c’était son adversaire qu’il voyait tout près de lui et, indubitablement, quand il dormait, c’était encore son adversaire qu’il voyait constamment – tout comme la nonne ou le moine cloîtrés choisissent, en un acte de volonté fanatique, de ne « voir » que Dieu.

Cette absolue subordination de soir, est-ce de la folie ? – ou simplement de la discipline ? En tout cas, pour Marciano, ça a marché.

Joyce Carol Oates, extrait de De la Boxe.

Dans la peau de Rocky Marciano

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  1. HAMON Francis dit :

    La rigueur de vie de Marciano pourrait inspirer certains de nos soi-disant champions, dont la plus grande ambition consiste à parader dans les médias, et à choisir si possible un adversaire qui ne soit pas trop dur. Et ensuite, si possible, s’occuper des autres boxeurs pour en soutirer le maximum, n’est-ce pas, Louis ACARIÈS ou Brahim ASLOUM ?