Il peut bien courir, mais il ne peut pas se cacher — Joe Louis

Culture Boxe

Edwin Valero, Inca perdu

Par    le 31 mai 2017

valero

Depuis quelques jours, Edwin, je sentais que ça finirait mal.

Je les aimais bien tes frasques, je les attendais même avec une impatience morbide. Dans mes carnets, j’avais une rubrique pour les boxeurs comme toi : « Ils sont tous fous ». Sauf qu’il n’y avait que toi, tes pétages de câble, tes bitures et tes crashs en bécane. On t’appelait l’Inca mais pour moi, tu étais surtout un cas perdu. A vingt-huit ans, la ceinture des légers autour de la taille, tu avais tout l’avenir du monde devant toi. Le 19 avril 2010, tu t’es pendu dans ta cellule à l’aide d’un vieux futal. Une sale histoire.

Tu es parti trop tôt, à l’image des types que tu assommais sur le ring. Ils n’ont jamais tenu la limite. Vingt-sept KO en autant de combats, dont une série inaugurale de dix-sept KO au premier round. Tu avais du plomb dans les poings.

Cela dit, ça n’a pas été facile de conquérir l’Amérique, la Mecque de la boxe, les casinos de Vegas, d’Atlantic City et tout le tralala. La faute à tes sorties de piste. Sans casque, évidemment. Fallait pas coucher ta moto sur le bitume de Caracas en 2001. Bilan ? Une opération à crâne ouvert et un petit caillot près du cerveau dans les scanners. Et les petits caillots, ils n’aiment pas ça, les médecins de l’autre côté du Rio Grande.

La faute aussi à un tempérament un peu trop fougueux. Fin 2008, Oscar De La Hoya t’engage pour préparer son combat contre Manny Pacquiao. Tu as le profil : gaucher, vif et rapide comme le Philippin. Pourtant, tu es vite prié de débarrasser le plancher. Fallait pas rosser ton nouveau boss sur le ring. Pour la petite histoire, le vieil Oscar a perdu son combat et raccroché les gants.

Dans la foulée, on te retrouve à Las Vegas, arrêté ivre mort au volant. Une nuit au poste pour te remettre les idées en place. Retour au Venezuela.

Le 6 février 2010, à Mexico, tu passes une peignée à Antonio DeMarco. Neuf rounds pour remporter le titre de champion des légers. Une lumière dans la nuit. Le combat est retransmis de l’autre côté de la frontière. Épatés par ta performance, les promoteurs sont sur le point de te rappeler à Vegas. Et toi, tu meurs d’envie d’y exhiber ton dernier coup de génie : la bannière vénézuélienne tatouée sur le bide avec, cerise sur le drapeau, le portrait du « commandante* » (*commandant) Hugo Chavez.

Les histoires de boxeurs finissent mal, en général. Deux mois et demi après ton escapade mexicaine, tes frasques s’étalent dans les journaux du monde entier. Tu commences par cogner ta femme. Puis ce sont les urgentistes de l’Hôpital Universitaire de Los Andes où elle est soignée, qui encaissent un flot d’injures. Direction le psychiatrique de San Juan de Dios. Les médecins parlent de dépression, soupçonnent une cuite de plusieurs mois, subtil mélange de coke et d’alcool.

Pas question pour autant de faire de vieux os en HP. Bon camarade, le Gouverneur du coin te rend ta liberté contre la promesse d’une cure de désintoxication à Cuba. Tu n’y poseras pas les pieds. Dans un état second après une nouvelle nuit de défonce, tu plantes ta voiture le jour du départ.

Quelques jours plus tard, tu poignardes ta femme dans une chambre d’hôtel miteuse de Valencia. Pourquoi ? On n’a jamais bien su. Ç’en était trop, même pour toi. Le 19 avril 2010, tu t’es pendu en accrochant ton pantalon aux barreaux de ta cellule.

Talent gâché.

NZ

Edwin Valero, Inca perdu

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  1. Tom Gonthier dit :

    Belle plume que vous avez là. Mais, allons, le mec bat sa femme, il la tue. Vous êtes bien tendre avec lui, je trouve. Votre amour du noble art, qui n’est pas noble, vous aveugle.

    1. cultureboxe dit :

      Merci pour la « belle plume ». Mais pas d’accord avec le délit d’aveuglement. Valero est évidemment un sale type. La liste de ses méfaits est citée. Pas la peine d’en rajouter, non ?