La boxe est un sport janséniste — Roland Barthes

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Popó a encore faim !

Par    le 15 août 2015

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Déchu en politique, le plus grand boxeur (vivant) de l’histoire du Brésil remonte sur le ring ce samedi 15 août à São Paulo. Acelino « Popó » Freitas a marqué l’histoire de la boxe en remportant ses 29 premiers combats par K.O., pulvérisant ainsi le record de 19 détenu par Mike Tyson. Avec un style aussi bouillonnant que la favela qui l’a vu naître, Popó a enchainé les victoires en connaissant quelques coups d’éclats mais en étant soigneusement évité par  un certain Floyd Mayweather, pour ne citer que lui. Des bas-fonds de Salvador de Bahia au Parlement brésilien, le boxeur quarantenaire a encore la dalle. Moments choisis.

Le Cannet, 7 août 1999. Alexandrov en 1 round

Freitas se rend en France pour disputer le titre WBO des super-plumes contre la star russe Anatoly Alexandrov. Les affiches du combat qui tapissent les murs de la cité balnéaire appréciée des ruskovs ne montrent même pas Popó. Pire, dans sa biographie il affirme avoir reçu un accueil irrespectueux de la part des organisateurs. Il est le pauvre brésilien anonyme venu faire briller le technicien russe. Mais il suffit de quelques larges crochets surpuissants et d’1min30, pour que le puncheur l’emporte et arrache son destin.

Le commentateur français qui évoque sa « faim terrible » ne s’est pas trompé. Anatoly reste inconscient cinq bonnes minutes et sa carrière connaît un coup d’arrêt brutal. Acelino, gamin de 23 ans sorti tout droit des favelas les plus violentes du Brésil endosse maintenant le rôle d’espoir mondial.

Las Vegas, 12 janvier 2002. Casamayor pour l’unification

Popó rencontre le très coriace Joel Casamayor. Champion olympique et invaincu en 26 sorties professionnelles, il s’annonce comme un gros client. Technicien hors-pair, le cubain part confiant contre un adversaire plus limité. C’est sans compter sur la ténacité du bahiano. Freitas l’emporte sur décision. Retour triomphal au pays. Il ferme le clapet de ceux qui critiquaient ses choix d’adversaires et devient une star mondiale.

Plus tard, certains se montrent plus sceptiques. En moins d’un an, Acelino a remporté 3 victoires aux points. Où est passée la poudre ?

L’explication est simple. Il a quitté son entraîneur de toujours, Luiz Dorea, pour rejoindre Oscar Suarez et Ulysses Pereira. Aujourd’hui entraîneur de légendes du MMA tels que Anderson Silva ou les Nogueira, Luiz Dorea appliquait une méthodologie qui consistait à faire de Popó un « artiste du K.O. ».

S’il continue de gagner, il ne retrouvera jamais son agressivité.

Miami, Florida, 9 août 2003. La guerre contre Jorge Barrios

Le brésilien décrit ce combat comme l’un des plus difficiles de sa carrière. Deux fois à terre, il a livré une véritable guerre à l’argentin Barrios. Le 11e round a d’ailleurs été élu « Round de l’année » par la revue The Ring Magazine. Preuve qu’il reste encore un peu de punch chez Freitas.

Mashantucket, USA, 7 août 2004. Diego Corrales et le goût amer de la défaite

Avec 38 victoires et seulement deux défaites des poings de Mayweather et Casamayor, Corrales a les armes pour battre le brésilien. Les rounds passent et Popó apparaît de plus en plus fatigué. Pire, après 3 knockdowns il ne semble même plus avoir le goût de repartir à l’attaque. L’enfant du Brésil connaît sa première défaite.

Définitivement plus le même, Popó  annonce sa retraite fin 2007, après une victoire notable contre Zahir Raheem mais une défaite cuisante contre Juan Díaz.

Salvador de Bahia, 2010. Premiers pas en politique

Popó est propulsé au poste de député fédéral pour l’Etat de Bahia par le Parti républicain brésilien (PRB). Principal coup d’éclat en tant que député : une loi pour créer la Journée nationale de boxe, le 26 Mars, date d’anniversaire du légendaire Eder Jofre. Des portraits apparaissent partout en périphérie de Salvador de Bahia, la « Rome noire ». Freitas devient le porte-parole des oubliés mais peine à se faire entendre sur les bancs du Parlement.

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Crédits : Fred Jasseny

Crédits : Fred Jasseny

São Paulo, 15 août 2015. Le retour du guerrier

Le député-boxeur n’est pas remonté sur le ring depuis sa victoire par K.O. au 9e round contre le modeste Michael Oliveira. Côté politique, il a bien essayé de se faire réélire en 2014, mais en vain. Il n’obtiendra que 23 017 voix, soit 0,35% des suffrages. Acelino « Popó » Freitas doit remettre les gants. Il affronte ce soir un compatriote de 26 ans, inconnu au bataillon.

Ultime sortie ? Soif de gloire ? Poches vides ? Qu’est-ce-qui peut pousser un quarantenaire, père de famille, à remonter sur le ring ?

Personne n’arrête la boxe, c’est la boxe qui t’arrête.

Fred Jasseny

Popó a encore faim !

Let's get ready to rumble

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