Le combat pour la survie est le seul combat — Rocky Graziano

Culture Boxe

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Il y a la boxe façon Hollywood, KO retentissants et come-back spectaculaires. Et puis il y a celle de Lève ton gauche !, la vraie, bien terre à terre, qui se révèle parfois précieuse dans la vie de tous les jours.

Bien sûr, il y a longtemps, son père disait à sa mère : « Il ira en apprentissage », en sortant sa chevalière en or avant de lui coller une bonne branlée mais c’était fini maintenant. D’instinct il avait réussi une jolie esquive rotative et son père s’était ouvert la main sur la scie à jambon suspendue.

C’est la boxe qu’a connue Frédéric Roux pendant ces années à s’entraîner avec José qui a les cheveux longs, Durandal qui est un sale con et Rachid qui a eu quatorze ans en 1960. Celle qui ne paye pas mais à laquelle il est difficile de résister, même une veille de mariage.

Quand il a fait son apparition, costard et nœud papillon impeccables mais la gueule horrible à voir, il a fait sensation. Il y a eu d’abord un silence consterné et puis Christiane a donné le signal de la confusion en éclatant en sanglots. D’accablement, elle avait laissé tomber son bouquet dans la rigole. Personne n’a pensé à le ramasser.

Ce genre de scènes à la fois terribles et désopilantes, le bouquin n’en manque pas. Bien évidemment, il ne s’agit pas de la boxe, mais, moyennant défaite, de la vie.

Ceux qui perdent savent quelque chose qu’ignorent ceux qui gagnent.

Pas étonnant que certains n’aient pas assez envie de gagner. Ce n’est pas moi qui leur jettera la première pierre.

Chaque combat gagné l’éloignait de ce qu’il fallait qu’il sache. Le perdant connaît la mort, elle ne le surprendra pas, le vainqueur ne connaît rien, il ne comprend rien. Comme il veut comprendre à toute force, il finit par perdre à son tour. Il ne demande que cela, il est là pour ça, c’est le fameux combat de trop, en fait, c’est le seul.

Faut bien l’avouer, la boxe, la vie, tout cela est parfois un peu sinistre. Les beaux quartiers sont loin et les coups dans la gueule vous font descendre du ring plus idiot qu’avant d’y être monté. Ce qui n’interdit pas de se sentir vivant.

Ils ne pouvaient pas le retenir, ils s’étaient, eux, donné les moyens de leur folie, ils payaient avec leur peur mais aussi avec leurs arcades et les traces rouges que laissaient les cordes dans leur dos.

Paru en 1983, Lève ton gauche ! est réédité chez l’Arbre Vengeur qui fait coup double en sortant également Comptés debout, un recueil de brèves de ring tragicomiques dûment compilées par l’auteur.

Chaque fois que Thomas Hauser croisait Emile Griffith, il lui faisait cette plaisanterie : « Sugar Ray Robinson ? »

Griffith se marrait et ils tombaient dans les bras l’un de l’autre.

Et puis, un jour Hauser a croisé Griffith… « Sugar Ray Robinson ? » Et le boxeur lui a répondu : « Non, non… Emile Griffith ! »

Il n’y a pas trente-six écrivains français qui s’intéressent à la boxe et écrivent sur « la peur, le courage, ce que veut dire d’être un homme, le monde et ses ombres ». Celui-ci est sans doute « l’un des plus injustement méconnus de sa génération ». C’est ce que dit son éditeur – pas fou ! – et ce que pensent nombre de ses aficionados dont je ne remettrai pas en question le jugement.

Poignée de main virile au camarade Didier Paquignon, d’ordinaire plutôt porté sur Le Coup du lapin que sur les coups dans le buffet, dont la double couverture nous invite à disposer les deux ouvrages tranche contre tranche au premier rang de la bibliothèque.

Lève ton gauche ! et Comptés debout sur le site des éditions de l’Arbre Vengeur

Site de Didier Paquignon

Site de Frédéric Roux

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FOUDROYANT come-back de Frédéric Roux avec « Lève ton gauche ! » et « Comptés debout »

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